Tintin à Gaza en mai 2013

BLOG GAZA(OUI)

 
Dimanche 19 mai: 1er épisode
 
L’humanitaire, je l’avais un peu oublié, ouvre les portes sur la rencontre avec les individus dans ce qu ils ont de plus extraordinaire: la générosité, le don de soi, l’altruisme, l’abnégation, le fruit d’une réelle introspection, le sens des vraies valeurs et du regard vers l’autre, le vécu personnel, l’optimisme et la foi en un monde meilleur, etc…. 
Et cela a été prouvé dès avant le depart à l’aeroport de Dubai: à commencer par ce charmant Mohamed Adbullah qui est manager à l aéroport, et qui m’a fait passer sans payer mes 13 kg d’excès de bagages…  (63 kg de matériel medical et de jouets pour le centre de cancer pediatrique)
 
J ai voyagé d’Amman au pont Alleby (King Hussein) dans le vehicule d’un couple de retraités américano-palestiniens qui sont bénévoles du PCRF et adorables. On a parlé de la problematique des musulmans et arabes au pays de l’oncle Sam avec passion!
 
Puis une fous passé en bus du côté israélien, on fait face au contrôle de l’immigration, où le sourire de bienvenue de l’employé s’est soudainement transformé en masque de glace quand, repondant à sa question sur le but de ma visite, je lui ai parlé de Gaza…  On m’a demandé de sortir de la file, d’aller m’assoir, puis on m’a appelé à part et interrogé poliment pendant 15min. Et ensuite…. 3 heures d attente…. Heureusement avec des expats dans des situations similaires, dont une canadienne camerawoman freelance qui réalise un film sur 5 jeunes femmes palestiniennes qui font du sport automobile! Donc, des conversations extraordinaires qui ont vite fait passer le temps.
 
Et puis en taxi de la frontière vers Ramallah. Crevaison en pleine nuit et en pleine côte, heureusement du bon côté de la voiture, mais du vrai sport de changer un pneu en pleine obscurité. Vive l’ipad reconverti illico en lampe de poche 😉
 
J ai déjà entrevu le mur de la honte, heureusement il est couvert de graffittis sympas. 
 
Je suis arrive à mon hotel à Ramallah  à  23h
 
Voilà…
 
Lundi 20 mai: Gaza 2
 
Bonjour
 
7h du matin: Je suis tellement excité d’être enfin ici que je n’ai dormi que 4 heures. Prêt pour passer à Gaza ce matin avec Steve, le patron du PCRF et Daichi, le chirurgien japonais.
 
21h: Voila que se termine cette 2eme journee. 
 
Elle a commencé par mon départ de l’hotel a 7h30 avec Steve.  Nous sommes donc passés de Ramallah située en Cisjordanie dans le territoire israelien via un check point “facile” où les soldats ne regardent que la tête des occupants des vehicules pour voir si on a des traits arabes ou pas, et si lesdits vehicules ont bien une plaque mineralogique jaune et non pas blanche. 
 
Cette heure de trajet en voiture fut l’occasion d’une conversation animée avec Steve sur nos passes respectifs. Nous nous sommes rendus a l’aéroport israelien Ben Gourion qui est situé a Lod, entre Tel Aviv et Jerusalem. Arrivés a l’aéroport, le temps de boire un petit capuccino, Daichi le chirurgien plasticien est arrivé tout sourire et frais comme un gardon malgre ses vols de Tokyo vers Istambul et puis Tel-aviv. 
 
On est ensuite directement partis vers la bande de Gaza, encore une heure de route, vers le sud.. Et là, à Eres, le passage de la frontière c’est vraiment du serieux, comme hier apres le pont Allenby: murs geants, miradors, barbelés, fusils mitrailleurs avec lunettes de visee et doigt sur la gachette, lunettes de gardes du corps, etc… On présente son passeport et on attend de recevoir un appel qui est le feu vert pour passer. Pas de probleme pour Daichi et moi, par contre Steve qui voulait nous accompagner s’est retrouvé coincé, et donc pas autorié à franchir la frontiere. En fin de compte, il nous a dit d’y aller seuls car ce genre de mesures, purement vexatoires et sans fondement logique sont monnaie courante envers tous les humanitaires pour essayer de les dégouter d’aider Gaza. On a donc franchi a pied les differents sas et puis le no man’s land de 500 metres, en poussant et tirant nos lourds bagages contenant matériel médical et jouets. Le fidèle lieutenant de Steve, Suhail, nous attendait de l’autre côte avec un large sourire et les vestes sans manches qui semblent être devenues le costume obligatoire des humanitaires…
 
Un passage rapide à l’hotel situe dans la ville de Gaza City pour nous rafraichir, et puis nous sommes partis vers Khan Younis, ville située  à 30 km au sud. Le directeur de l’hopital Nasser et l’équipe des 3 chirurgiens plasticiens  palestiniens nous attendaient pour faire les presentations. Dejeuner très rapide, et début des consultations: 40 enfants pré-sélestionnés par le PCRF, et vus par Daichi pour confirmer une indication chirurgicale, et puis les  25 d’entre eux qui doivent etre opérés sont passés chez moi en consultation pré-anesthésie. Sourires, rires, et cet éternel regard de gratitude non verbale qu’on reçoit de la population quand on fait de l’humanitaire. C’est de l’activité médicale pure, sans aucune transaction financière, que du bonheur…
 
Fini de bosser a 17 h, et programme chirurgical établi pour les 5 prochains jours. On démarre demain a 7h30
 
L’impression que donne Gaza par rapport à la Cisjordanie, et à fortiori par rapport à Israel,  on peut le mieux la comparer à celle qu’on aurait si l’ on mettait côte à côte  les corons du nord de la france avec la cote d’azur.. … A gaza, le paysage, c’est la désolation, avec beaucoup d’immeubles truffés de trous  de balles et certains. réduits à l’état de décombres par les missiles. 
 
Partout, des charettes tirées par des chevaux ou des ânes. Mais chez tous les habitants, une dignité et une gentillesse qui ébahit. 
 
Mardi 21 mai: Gaza 3
 
Petite disgression….
On dit souvent qu’un * simple * regard peut en dire long, évidemment sans le besoin d’aucune parole. Eh bien je peux vous assurer qu’il n’y a pas de plus longs regards que ceux que l’on voit dans l’humanitaire….
 
Les regards des patients et de leurs familles, ont toujours deux composantes simultanées:
– la première, qui est constante, et en est la partie la plus émouvante, est celle qui vous transmet un message très fort de gratitude non verbale. En resumé, il vous dit ceci: “merçi d’être venu chez nous, merçi d’avoir pris du temps sur vos vacances, loin de vos familles, merçi d’ētre le témoin de nos conditions de vie, et de devenir, à votre départ, le porte-parole de ce que vous aurez v(ec)u içi.” Et meme si ce regard n’ose pas, par respect ou raison culturelle, être trop soutenu, il est aussi un appel qui pourrait se formuler ainsi: ” regarde, toi le visiteur, dans mes yeux, dans mon coeur et mon âme, detectes-y ma souffrance, elle est pudique mais réelle, imagine notre vie de tous les jours, et sois reconnaissant que la semaine prochaine, grâce à ton passeport, tu seras hors d’içi. Alors que nous, les victimes de conflits dont souvent nous ne comprenons pas les détails, nous resterons coincés dans ce trou.” 
Et meme si les yeux parfois se baissent, d’emotion, de fatalisme ou de tristesse, ce simple geste de baisser le regard en dit long lui aussi.
 
– la deuxième est composée de plusieurs phases: 
* d’abord celle de l’espoir d’etre examiné médicalement avec attention, et d’espérer entendre un verdict positif qui va enfin, par une operation chirurgicale, permettre de diminuer la souffrance physique et mentale de la maladie, que l’on porte depuis des mois ou des années.
* La deuxième phase est celle qui suit la decision médicale. Si celle-ci est négative, le regard sera fait de résignation (ils en ont malheureusement une grande habitude, car c’est elle qui leur permet de (sur)vivre), de respect et d’espoir que la prochaine fois peut-être… Et si la décision est positive, alors les yeux rient autant que la bouche….
 
Fin de la disgression.
 
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La 2eme journee s’est terminée par une invitation de Suhail, le coordinateur PCRF local, à manger un repas palestinien. Resto arabe classique où on se rend compte que toutes ces cuisines, palestinienne, libanaise, syrienne et jordanienne sont en fait une variation sur le meme theme. Le hummus est un peu plus comme çi, le tabbouleh un peu plus comme ça, et en fin de compte tous les mets sont simples et delicieux.
 
Ce matin, apres un petit-déjeuner rapide, retour à Khan Younis. A 8h tapantes, premier enfant sur la table operatoire, rapidement suivi par 5 autres: polydactylie, alopecie, hémangiomes, revision de cicatrices, etc… Le staff est entièrement masculin, la piece commune est animée par une télévision qui tonitrue les commentaires de matchs de foot ou de catch, on boit force tasses de thé, on fume comme des cheminées,  bref ambiance un peu surréaliste! On ne parle pas, on gueule, et on se donne des grandes tapes amicales sur les épaules. Je reçois des dizaines de remerciements pour le materiel apporte de Dubai. 
 
Et puis on monte dans une machine à remonter le temps, et on se retrouve à pratiquer l’anesthesie comme il y a 30 ans: avec mes bons vieux amis le pavulon, pentothal, halothane, etc… Incroyable! Des medicaments qu’on n’utilise plus chez nous depuis des plombes, mais ôh combien bon marchés et efficaces. Le turn over des cas est étonnamment rapide, tout le monde est motivé de terminer les cas à 14h et de boucler la liste opératoire dans les temps impartis car apres ça, le bloc ne fera plus que des urgences. Les collegues palestiniens travaillent pas mal , mais eux aussi à l’ancienne: tous les patients opérés doivent etre hospitalises la veille, pas question de se pointer le matin même, tous doivent avoir une prise de sang (aïe, j’ai mal pour les enfants), tous doivent avoir de la douleur en salle de reveil, car la souffrance, monsieur, ça fait crier, donc respirer, et on n’a donc pas à craindre une apnée postoperatoire… Ouais! Il y aura du boulot dans les prochains jours à changer ces préconceptions… Shwaya shwaya… 
 
Déjeuner sur le pouce au bloc, et retour a l’hôtel pour une sieste méritée. Et un plongeon dans la piscine qui, même minable, est un vrai delice… 
 
Voila, je termine par un petit tour dans Gaza city pour acheter des fruits et un bon film sur MBC 2, avant de cloturer cette journee.
 
Mercredi 22 mai: 4eme épisode
 
Si Matthieu voyait la taille des shawarmas d’içi! Pas des petits sandwichs rachitiques comme à Dubai, mais des monstres dix fois plus grands! Assez pour deux personnes! Ou pour Obelix. Normal on est dans l’équivalent du dernier village gaulois qui résiste à l’envahisseur. A part qu’içi, les druides n’ont pas encore inventé la potion magique. Juste quelques pétards améliorés.
 
Faut que j’achète un velo! La route en bord de la mer mediterrannée est divine, et comme je suis du genre très matinal, et plutôt gourmand, un peu d’exercice au lever du soleil me fera le plus grand bien. Déjà que, Hamas oblige, il n’y a pas de bière, et ça c’est pas mal. Et ma cure de désintoxication du chocolat se passe plutot bien. Je ne suis même pas allé vérifier si on vend des barres de côte d’or ou des leonidas dans les epiceries du coin. Ni même un kitkat ou un mars pourri  😉 . C’est ça être stoïque!  L’abnégation dans la souffrance. Gandhi, Buddha et Mandela seraient fiers de moi ;-))))
 
Gaza, c’est aussi une remontée du temps au niveau mécanique, un bonheur pour un “petrolhead” cad un passionné de bagnoles comme moi:  on voit évidemment plein de ces vehicules sommaires au moteur très modeste de la puissance d’un seul cheval (ou âne), avec ou sans vapeur, ça depend de l’heure de la journée. Des hippomobiles. Mais aussi de très vieilles camionnettes Peugeot 404 comme celles de ma jeunesse a Likasi dans les années 60, des Mercedes orange bizarres à  6 portes (eh oui!) datant des annes 70, des Fiat 127,  et plein de petites bagnoles. Vous vous demanderez sûrement pourquoi autant de petites voitures? Eh bien c’est simple, et ce n’est pas qu’une question de budget. Elles sont importées en contrebande en une seule piece dans les tunnels venant de Rafa en Egypte. Et non plus comme dans le passé, me dit Souheil, ou l’on était obligé, vu le modeste diametre de ces tunnels, de démonter les bagnoles du coté égyptien,  puis d’en découper le chassis en morceaux au chalumeau et enfin de resouder et de remonter le tout de ce côte-ci. Parait que les acheteurs n’etaient pas impressionnes du produit final. Tu m’étonnes! 
Par contre un mec de Gaza qui doit s’embêter, c’est le concessionaire Porsche! Et aussi ses collegues de chez Ferrari, Maserati, Bentley et Aston Martin. Pas encore vu une seule 911, Boxter, Panamera, ni même une minable Cayenne. A croire (à juste titre) qu’elles sont toutes à Dubai! 
 
Aujourd’hui, journée opératoire compliquée, à la fois pour Daichi et pour moi: pathologies délicates chez des tous petits, comme des fentes labiales (becs de lièvre) et palatines et des hypospades complexes qui requièrent de l’anesthésie et de la chirurgie de haute voltige. Pas très dur à faire chez nous avec notre infrastructure impeccable. Mais içi…. c’est autrement plus délicat. 
 
Je retrouve les mêmes schémas de (manque rigoureuse de) gestion d’un bloc opératoire que ceux que j’avais découverts en 1986 dans les camps palestiniens du Liban: une bonne foi évidente, mais un manque certain de motivation ou de conscience pour les détails. On ne fait simplement pas dans la dentelle… on n’y est ni motivés ni capables je pense. C’est du brut pas très aseptisé, ni dans la forme ni dans le fond! La propreté dans les coins ferait bondir de dégout la moindre infirmière en charge du contrôle des infections. On jette les ampoules vides et les aiguilles nues dans des poubelles communes avec le reste. 
 
Bref, on a terminé très tard, vers 18h. Et puis on est rentres crevés à l’hotel, et le temps d’une douche, partis manger avec un cardiologue pediatrique de Chicago dans un petit resto de poissons.
 
La suite de mes commentaires au prochain numéro!
 
Jeudi 23 mai:  5ème épisode
 
Ce matin, la circulation sur la route côtière que nous empruntons pour aller à l’hosto était ralentie par un sérieux bouchon au niveau du port de pêche  de Gaza City et de son marché aux poissons. Et pour cause: hier les israeliens avaient levé leur blocus de la zone limite de pêche de 3km à partir de la côte, pour la déplacer à 6km. Donc les marins se sont précipités dans ces eaux qui leur sont rarement accessibles pour faire le plein. Et donc soudain hier soir l’horizon habituellement sombre, était soudain constellé des petites lumières bleues des bateaux à l’ouvrage. Vision sublime. Faut dire qu’avant, toute tentative de leur part de dépasser cette démarcation se soldait pour les marins par un arraisonemment  immédiat des bateaux et de la prison et des amendes pour leurs occupants. Celà, plus le manque de gros moyens financiers, fait que la plupart de la pêche se fait en cabotage sur des petites coquilles de noix au plancher plat, car on y depose les filets, et deux hommes rament de concert en se tenant debout. 
 
Mais derrière les mines réjouies et la joie apparente de cette levée, il y a aussi un fatalisme qui fait qu’ils ne tombent pas dans l’euphorie, car Israel joue à son bon vouloir et au chat et à la souris avec ces blocus marins et de frontières. De toute façon,  la taille des poissons et le volume de pêche était visiblement nettement plus consistant que le menu fretin habituel!
 
Le cardiologue de Chicago rencontré hier est (évidemment) pro-Obama, et m’a dressé un portrait de lui et de son bilan actuel résolument laudatif. Il a fait une analyse objective de ce que Barack a réalisé jusqu’à present, et c’est assez impressionnant compte tenu de l’attitude des republicains. Mais il se heurte à un mur en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, qui est d’après moi, la cause principale du terrorisme mondial. 
 
Programme opératoire plus simple aujourd’hui. J’en ai profité pour leur apprendre à faire des anesthesies caudales. Je vais avoir une réunion avec le chef de service d’anesthésie samedi pour lui donner quelques suggestions telles que la mise en place d’un chariot d’anesthesie pediatrique. Car pour le moment, c’est le bordel, le matériel pour les enfants est dispersé dans tout le bloc opératoire et évidemment personne ne sait où chercher un objet en particulier. 
 
Et puis, en pleine anesthésie, tout a coup j’entends parler derrière moi, et je reconnais vaguement du flamand! Je me retourne, et un mec tout sourire se présente comme chirurgien ORL et me dit avoir fait ses 5 ans de spécialisation à l’univesité flamande VUB située dans le nord de Bruxelles. Evidemment au debut de sa conversation avec moi, son néérlandais était un peu rouillé, mais après quelques minutes, ça allait déjà vachement mieux! Et tout le monde était ébahi que ce médecin était tout à coup polyglotte! Bref, il m’a invité à passer l’apres-midi chez lui ce vendredi, jour de congé. Il habite Rafa, à la frontière egyptienne. 
 
Et puis, ôh bonheur, je suis devenu l’heureux propriétaire d’un superbe vélo bleu. On est passés avec l’ambulance qui nous conduit habituellement au boulot, par le centre de ville de Khan Younis, on a trouvé un magasin de cycles  ouvert. Et à l’hilarité de la horde de gamins qui se sont rassemblés en quelques minutes autour de nous, j’ai rapidement jeté mon dévolu sur Rambo, un superbe VTT, qui j’espere, sera à la hauteur de son nom! Je ne serai plus non seulement membre de la tres sympathique ONG de Dubai appelée “cycling4gaza” (voir leur page facebook), mais je suis le seul membre du désormais club très select “cycling IN gaza” 😉
 
Et puis ce soir, nous sommes allés faire du shopping et manger un bout dans le centre ville, qui était plein à craquer de familles en balade.  “How are you?” est la phrase que l’on entend le plus, car ilsemble que c’est la seule que la plupart des gens connaissent, plus que “hello!”, et qui est lancée avec un large sourire par les gamins et les hommes,  parfois à partir de la vitre ouverte des voitures qui nous croisent. 
 
A propos, si vous souhaitez voir des photos de ce voyage, allez sur facebook. 
 
Vendredi 24 mai: Les aventures de Tintin en …. Egypte!
 
Erratum: la limite de la zone de pêche est en miles marins et non pas en km.
 
Disgression: Questions pour un Champion
1. Quelle est le nom de la monnaie utilisée en Palestine?
2. Qui est le Nelson Mandela palestinien? En prison actuellement, en isolement la plupart du temps lui aussi.
3. Est-il possible d’avoir des camps palestiniens en Palestine?
 
Réponses demain!
 
Vendredi est notre jour de congé.
 
6h du matin. Il y a des bruits de petards qui viennent du terrain vague à coté de la fenêtre de mon hotel. A moins que ce ne soient des coups de feu. Et j’en ai entendu assez souvent dans ma vie pour penser ne pas me tromper… Je pense qu’un gars est en train de s’entrainer à viser, même si je ne le vois pas.
 
Promenade à velo, ce matin, que du bonheur! Un arrêt au marché aux poissons, et là, un café turc très serré avec Muneer, le big boss du commerce des fruits de mer à Gaza,  et ensuite, au hasard de mes périgrinations, j’ai découvert un magasin de souvenirs, reçu avec tasse de thé, visité des buildings détruits lors des dernières attaques, me suis arrêté aux restaurants Palmera et Thailandia, hauts lieux de la gastronomie gazawi, et à nouveau,  thé… car chaque fois, les hommes sont ébahis de voir un adulte à vélo, et veulent en savoir plus. En résumé, beaucoup d’arrêts, de discussions animées et, évidemment, de tasses de thé…. 😉
 
Et puis l’apres-midi: parti avec Daichi en taxi collectif, cad les fameuses Mercedes à 6 portes, vers Rafa. 45 minutes de route à tombeau ouvert et de “mafi mushkillah” de la part du chauffeur hilare quand on croise un gars qui roule à contre sens. Faut dire qu’içi, la circulation est un jeu hautement psychologique, les règles de la priorité sont très simples: on y va à la force du regard, au klaxon et aux invectives. Le premier qui cède a perdu. Pas comme à Dubai où “bigger is better”et où la règle de priorité est le”bullying” par les gros 4×4 vis à vis des véhicules plus petits. 
Arrivés vivants et tremblants (enfin, j’exagère un peu pour vous impressionner) à Rafa, nous sommes reçus par notre collègue le médecin ORL formé en Belgique, qui nous présente a sa famille: son épouse, ses 5 filles et son fils, autour d’une tasse de….thé! ;-( 
Et puis on part vers la frontière égyptienne. Après plusieurs essais ratés de nous rapprocher de la ligne de démarcation, car bloqués par les policiers barbus du Hamas, il va chercher son beau-père, qui habite quasiment sur la frontière et y connait tout le monde. Et cette fois-ci, bingo, on  passe avec succès le barrage des barbus en uniforme bleu, et on arrive à de grandes tentes blanches qui ressemblent plus à des serres. Et là…. se cachent les entrées des tunnels! Nous restons dans la voiture pendant que nos amis rentrent dans une tente, et puis ils nous disent de venir les rejoindre. Enorme surprise, nous nous engageons dans un tunnel bien éclairé, de 2 mètres de haut et de large, et de 250 m de long,  aux murs renforcés d’étaux en métal, de planches de bois et de ciment. Photos strictement interdites, malheureusement, donc il faudra me croire sur parole. On arrive en Egypte,  et en fait on se retrouve dans le garage couvert et anonyme d’une villa. Nos amis, après avoir envoyé une sentinelle dans la rue, pour vérifier l’absence de toute patrouille, insistent pour que nous sortions voir une voiture, et confirmer en regardant sa plaque minéralogique, que nous sommes bien en Egypte! Comme s’il y avait un doute… Et puis on repart dans l’autre sens. Un cable traine sur le sol, et notre guide nous explique qu’il sert à tirer des espèces de grosses pirogues en plastique épais, et qu’on remplit du coté égyptien avec des objets pour éviter de nombreux allers-retours à pied. De la tente d’à coté sort une forte odeur de diesel, et c’est un tunnel spécal avec une sorte de pipe-line qui permet de pomper directement du carburant dans des camions-citernes.
 
Au retour,  je constate encore une fois que la connaissance de l’anglais de mon collegue japonais Daichi-San est impressionante. Pas étonnant, me direz-vous quand on sait qu’il a un doctorat en pharmacologie expérimentale de Cambridge! Très interessant, en tout cas, de l’entendre parler du mode de vie et de la culture japonais. Il m’avoue avec un peu de gêne avoir une 911 au Japon. Pour moi, ça renforce mon opinion que c’est un mec vachement équilibré qui combine bien son altruisme, son hédonisme, ses compétences scientifiques et professionnelles, et qui possède une culture générale impressionnante. Et qui, me dit-il, comme beaucoup de jeunes japonais de sa génération, préfere délibérément le célibat. 
 
PS: Nouvelle de ce matin:
 
World Bulletin/News Desk
Health Minister Mufeed Mukhallalati of the Palestinian government in Gaza said that Israel sent carbon dioxide instead of nitrous oxide which poisoned Palestinian patients.
Four patients, who were anaesthetized during surgery, have been poisoned as they inhaled carbon dioxide instead of nitrous oxide, Mukhallalati told reporters in front of Gaza’s Ash-Shifa hospital.
He added that the mentioned narcosis tubes were imported from Israel.
Mukhallalati said that medical treatment of those four patients was continuing, and he called on international organizations, Red Cross and World Health Organization (WHO), to launch an investigation about the incident.
Israeli officials have not made any statements yet. 
 
Bizarre ce truc…
 
Samedi 25 mai: 6ème et dernier jour de travail à Gaza
 
Resultats de  Questions pour un Champion
1. Le NIS, càd New Israel Shekel. Bizarre, non? Au passage, c’est marrant d’entendre comment on prononce shekel:  “shéééékel”
2. Marwan Barghouti
3. Oui, 70% (!) des palestiniens de Gaza sont des réfugies et des déplacés habitant dans des camps. La plupart victimes de la Naqba en 1968.
 
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9h45: l’ambulance arrive enfin nous chercher. Elle n’a que 2h de retard… Evidemment ça nous fait commencer la dernière journée opératoire, et la finir plus tard que prévu. Mais bon… Celà montre que les problemes de communication ne sont pas l’apanage des pays dévelopés 😉
 
On finit vers 16h, retour a l’hotel, courte sieste, et ensuite scéance de débriefing etendu avec Souhail. C’est très sain qu’une ONG fasse celà. Ca ne m’est jamais arrivé avec MSF!
 
A 20h,  rencontre avec Mohammed  le grand patron du service de santé de l’UNRWA à Gaza, qui avec ses 1440 collaborateurs, couvre tous les soins de santé primaires. Encore un mec extra, et comme la plupart, modeste et simple.
 
Et puis match de foot, et dodo.
 
Dimanche 26: le retour
 
Debout aux aurores, pour boucler les valises. Petit dej sur la terrasse avec vue sur la mer, comme tous les matins, avec envoi d’emails, berçé par la divine musique de radio suisse classique. Et puis départ vers Eres. Les Israeliens dépècent tous les bagages pour les examiner à la loupe. Au voyageur de tout ranger. La question de l’officier de l’immigration qui demande “et alors, c’est comment de l’autre côté” étonne et en dit long sur l’ignorance des israéliens du mode de vie de leurs voisins…
 
On prend un taxi, on depose Daichi au vieil hotel Commodore de Jerusalem, qui surplombe la ville, et le temps de faire une rapide photo de la mosquée, on part vers la mer Morte et le poste frontière jordanien. Traversée du pont Allenby laborieuse, taxes se sortie par çi, de rentrée par là, bref on est plumés sans complaisance dans ce lieu de passage de milliers de touristes. On passe juste à côté de l’endroit où Jesus a été baptisé, etc…
 
Voilà, aéroport d’Amman et attente du départ.
 
Le bilan? Positif. 
 
J’espère ne pas trop avoir fait passer le message d’un optimisme ou d’un enthousiame béat, car malheureusement içi,  personne ne croit en une résolution rapide du conflit. Il y a beaucoup trop d’enjeux internationaux dans cette affaire. 
 
Chapeau à l’équipe du PCRF. Vraiment. 
 
1 dinar jordanien = 5 aed
1 shekel = 1 aed
 
 
 
 
 
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